Par une démarche de proximité avec le public, Le Théâtre du Roi de Coeur souhaite démontrer que le théâtre n'a pas vieilli et qu'il est facilement accessible.
Ainsi, faisant sonner la langue de Molière, la compagnie porte le texte avec force, grâce au jeu vivant des acteurs et une mise en scène très actuelle.
Dom Juan, tout le monde connaît le célèbre séducteur pris au piège de ses démons.
Le spectateur est invité à réveiller cette vieille statue de pierre dressée dans nos mémoires. La dimension esthétisque du spectacle va dans ce sens. Les costumes sont lourds de poussière et de terre, de vieux artifices théâtraux sont mis en scène pour accompagner le changement de personnages.
Quatre acteurs sur scène : un acteur incarne Dom Juan, un autre Sganarelle, les deux autres se répartissent les rôles restants.
S’organise alors autour des deux figures centrales une ronde où les visages se mêlent les uns aux autres, se confondent, se déforment et produisent un vertige grisant et inquiétant. Le drame se mêle à la fête, le tragique au comique.

Quand les nouvelles règles d’une société semblent s’éloigner du juste, il faut faire acte de résistance, et parfois, comme Alice et Max, savoir désobéir. Mon prof est un troll est un regard d’enfants posé sur la question de l’injustice, de la lâcheté, du totalitarisme.
Aucune morale, aucun fondement éthique, juste le regard de deux enfants sur une société complexe.
Le metteur en scène, Baptiste Guiton, s’amuse avec ce conte choral, un théâtre où l’on aime se faire peur, pour mieux déjouer la réalité.

Pour sa dernière création, la compagnie Anamorphose a choisi Persée, héros grec à l’histoire incroyablement rocambolesque. En sept tableaux et deux comédiens (avec pour seul accessoire un tas de tissus), le metteur en scène Laurent Rogero s’empare de tous ces personnages – dieux cruels et pathétiques, humains malmenés, monstres à abattre - qui, par la magie du théâtre, deviennent tout à coup des figures modernes et familières, et nous entraînent dans une folle et joyeuse épopée.
A recommander aux enfants en quête d’aventures et aux parents en quête de sens. Ou l’inverse.

Symphonie pour une plume pour 43 musiciens et un comédien s’inspirait d’un texte théâtral de Sandrine Roche, Marc-Antoine Cyr, Sylvain Levez, Catherine Verlaguet et Philippe Gauthier, aboutissement d’une résidence d’écriture au Très Tôt théâtre, Scène conventionnée jeunes publics à Quimper.
L’oeuvre née du concept d’ami imaginaire prenait également place dans le cadre de la résidence du compositeur Benoît Menut avec deux classes élémentaires et les deux conservatoires de Rennes et Quimper.
Avec son mélange intime du texte et de la musique, cette pièce s’inscrit au coeur même du travail de Benoît Menut, fondé sur l’interaction entre littérature et création musicale.
Florence Lavaud qui en a réalisé le livret et la mise en scène, choisit d’adapter ce projet au territoire de la Dordogne en associant les adolescents au processus de création et en faisant appel aux arts numériques et notamment au créateur sonore, François Weber, qui travaille à ses côtés depuis des années. « Tout au long de la création de Symphonie pour une plume, je lui ai demandé d‘être le témoin, le photographe sonore de ce projet, de capter les paroles du compositeur, du metteur en scène, des musiciens, du comédien, et aller à la rencontre de
l’état créatif. »
Pour Echo à une symphonie, notre travail a été de déplacer le point de vue. Ne pas faire un simple reportage sur une création, ni de diffuser la totalité de l’oeuvre musicale mais inventer ensemble un nouvel objet axé sur les arts numériques qui laisse le son raconter une histoire, invitant le public à vivre une expérience d’écoute différente ». Ce dispositif itinérant a vocation à être diffusé au plus grand nombre dans les lieux les moins conventionnels.

Cette comédie se révèle à la fois burlesque et tragique, éminemment ironique mais aussi profondément noire, parce qu’elle utilise à merveille les mécanismes de l’humour et de la dérision pour dénoncer l’obscurité de l’individu
La mise en scène d’Alpenstock signée Rémi de Vos est saisissante.
Le trio fou femme-mari-amant est joué à toute allure et nous emmène crescendo dans un tourbillon cartoonesque, sexuel et meurtrier servi par une mécanique du rire d’une précision diabolique.

Les jeunes des Présomptins s'ennuient le soir, sur les berges du canal.
Ici, l’ennui est partout et de l’ennui émergent des angoisses, des mots acérés, des sentiments aussi. Au sein du groupe, à tout moment l’ordre peut se renverser.
Les privilégiés qui brillaient le matin peuvent tomber le soir. Ces jeunes sont des funambules peinant à trouver l’équilibre dans une société dans laquelle ils rechignent à s’intégrer. Tel un métronome, la viole de gambe accompagne les mouvements agiles des marionnettes à gaine chinoise, leur impulsant leur rythme, léger parfois, brusque, souvent.

Le Théâtre du Roi de cœur, troupe installée à Maurens, a choisi un hymne à l’amour et à l’amitié. Une réflexion sur la valeur des sentiments et l’importance du vivre ensemble.
En regard des maux potentiels de notre époque, la compagnie souhaite redonner tout leur sérieux aux mots « ami » ou « amour ».
Avec cette pièce de Musset, les comédiens réaffirment les valeurs sentimentales comme l’essence de notre existence.

En proposant cette libre et très belle adaptation de la célèbre pièce d’Edmond Rostand, la compagnie invite les plus jeunes à découvrir Cyrano sous un nouveau jour, et avec beaucoup d’humour.
Cyrano avait un gros nez. Il était amoureux de sa cousine Roxane mais il n’osait le lui avouer à cause de sa disgrâce. Heureusement, Cyrano était poète…
Influencée par les célèbres dessins de l’illustratrice Rebecca Dautremer, la compagnie basque transpose l’histoire de Cyrano au Japon, à l’époque médiévale.
La mise en scène et les sublimes décors font de cette pièce un véritable petit bijou.
Les trois jeunes comédiennes redoublent de talent pour interpréter tour à tour, grâce à un jeu de masques, Cyrano, Christian et Roxane...

Samuel et Hafiz viennent de perdre leurs parents. Jeunes orphelins, vivant dans le pavillon d’une banlieue ordinaire, ils se préoccupent des affaires familiales, de l’enterrement et du choix du cercueil. Témoins d’une jeunesse non dorée, ils parlent comme ils peuvent d’héritage, de déterminisme, et de radicalisation. De pizzas et de foot aussi. Il y a la fille aînée dans le rôle d’arbitre et ses trois frères cadets au caractère bien trempé…Quatre jeunes adultes se posant la question de rester ou de quitter ce territoire gangrené par l’urbanisation sauvage et le salafisme ambiant.
Avec honnêteté, humour, quelques incursions musicales, les quatre comédiens restituent avec talent ce microcosme et ouvrent des perspectives de réflexion sur le monde qui nous entoure.
Écrit en 2013 et mis en scène en 2016 par Baptiste Amann, le texte met en exergue les enjeux qui traversent la France d’aujourd’hui. Le premier volet d’une trilogie qui s’articule autour d’une inquiétude personnelle de l’auteur : quelle révolution connaîtra le XXIème siècle ?
Ce texte a reçu le prix Bernard-Marie Koltès des lycéens, initié par le Théâtre National de Strasbourg (2017).


A partir des Trois Sœurs de Tchekhov

1/ Après une version très personnelle de La Cerisaie de Tchekhov, vous vous emparez des Trois sœurs pour en proposer une interprétation tout aussi personnelle. Qu’est-ce qui dans cette pièce vous touche particulièrement ?
Une chose m’avait frappée en préparant les répétitions de La Cerisaie : la temporalité que Tchekhov emploie et l’expérience qu’elle produit pour les comédiens, les spectateurs et les lecteurs. Comme si la partie était jouée lorsque la pièce débute et que l’histoire se racontait par bribes des années plus tard. Les Trois sœurs livre des séquences de la vie de trois jeunes femmes sur quatre années. Quelqu’un écoute, et, à travers le procédé dramaturgique, fait entendre, avec ténacité, sa conscience du quotidien. Ce que le texte de Tchekhov ne nous dit pas devient alors plus présent que ce qu’il nous dit et comme il ne nous apporte aucune réponse, nous sommes amenés à écouter autrement, au-delà de nos questions. En écoutant autrement, nous entendons autre chose. Il n’y a pas la plus petite part de complaisance chez Tchekhov. Son oeuvre offre une expérience sensible de l’altérité. Nous sommes des êtres humains et de ce fait, nos questions, nos attentes, notre besoin de comprendre nous révèlent dans notre difficulté à entendre l’autre. Nos rêves n’en sont pas, nos utopies sont défaites et tout reste à faire.

2/ Vous avez fait confiance à trois artistes qui vivent et travaillent en Dordogne. Qu’est-ce qui a présidé à ce choix et comment avez-vous travaillé avec elles ?
Ce projet est avant tout le fruit d’une rencontre. Nous nous sommes retrouvées un soir à Sarlat où venaient de jouer Martine et Eve. Nous avons parlé de La Cerisaie et Monique a dit son amour inconditionnel des Trois sœurs. Elles étaient là, debout, l’une à côté de l’autre, trois femmes, avec leur poème, leur vie, leur corps. J’étais devant les trois sœurs vingt ans plus tard.
Je les regardais. Si différentes les unes des autres, elles racontaient une sororité profonde, intelligente et complexe. J’ai eu l’intuition que l’espace qui existait entre ces trois femmes et les personnages de Tchekhov, - une inadéquation à priori -, créait une perspective, pouvait faire sonner autrement la partition, la dégager des images attendues, mettre en perspective la pièce. Olga, Macha et Irina envoyaient balader robes blanches et samovar, vingt ans plus tard, elles étaient là, tout simplement.
Après avoir lu la pièce, ensemble, nous en avons étudié très précisément la partition. Le travail a consisté élaborer une composition entre les extraits de la pièce de Tchekhov, les enregistrements de nos échanges et les improvisations, puis de revenir au plateau. La matière de Sœurs se trouve dans l’entre-deux, dans le battement que produit cette rencontre.