Théâtre du Roi de Coeur : le théâtre autrement © Sébastien Mazet

Vous êtes une jeune troupe de théâtre qui a fait le pari de s’installer en milieu rural et d’amener le théâtre dans les lieux les moins conventionnels. Sur quoi repose votre motivation ?
Chloé de Broca
: Nous avons tous fait nos études de théâtre à Paris et pour la plupart, nous y habitons toujours. L’abondance de spectacles à l’affiche dans les grandes villes est notre réalité quotidienne. Mais Paris, Bordeaux, Marseille, Rennes… ce n’est pas la France ! Tout le monde ne vit pas en ville et heureusement ! Depuis toujours, des petits théâtres courageux continuent de tenir debout un peu partout, mais le public n’ose pas toujours y pousser la porte. Pourquoi ? Parce que la réalité en milieu rural n’est pas toujours « pratique »: il faut faire garder les enfants, il faut avoir le budget, il faut prendre la voiture… maintenant qu’on a Netflix directement dans son lit pour moins de 10€ par mois, pourquoi s’embêter à ressortir dans le froid après le travail et le diner des enfants ?
Alors la mission qu’on s’est donné est la suivante : comment créer des spectacles aussi riches que ceux des grandes villes mais les rendre accessibles ? Alors on joue en plein air pour mettre plein de monde sur des bottes de paille, on créé des spectacles qu’on peut venir voir en famille, on se débrouille pour faire de la récup’ et proposer des tarifs très bas, on prend le temps de parler aux spectateurs avant, après et même parfois… pendant ! On a aussi beaucoup de chance parce que les bénévoles qui sont des gens d’ici – nous aident toute l’année pour des milliers de coups de pouce (logement, repas, véhicules, affichage…)
Ce qui nous motive surtout c’est de créer du lien, du dialogue. Qu’on prenne le temps. S’accorder le simple plaisir de rencontrer, d’apprendre et d’échanger, tous ensemble.

Comment gérez-vous le risque économique lié à ce choix ?
Chloé de Broca
: Il faut se battre tous les jours. Comme tout le monde. Comme partout. Mais on ne lâchera pas.

Quels sont les répertoires que vous abordez avec le plus de plaisir ?
Chloé de Broca
: Au début de l’aventure, c’était surtout les grands spectacles classiques avec pleins de personnages. Ce sont les plus difficiles à créer en salle parce qu’il faut pleins d’acteurs et de l’espace – ce que nous nous offrons l’été dans notre champ en plein air.
Mais on grandit, et petit à petit, on prend plaisir à se tourner vers des auteurs vivants qui témoignent d’une langue et d’un temps qui sont les notre.

Vous êtes soucieux de rendre le théâtre accessible et de le faire aimer au plus grand nombre ? Comment vous y prenez-vous ? Quels écueils rencontrez-vous ?
Chloé de Broca
: En fait, pour plaire à tous, il faut éviter d’être trop volontaire. Les auteurs sont des génies – quasiment tous. On peut leur faire confiance, leurs histoires sont nécessaires. Après, pour nous interprètes, il suffit de rester le plus simple possible. Toujours se dire : c’est quoi le plus important ? – et se concentrer à ce que cette chose essentielle soit bien entendue par tous. Notre particularité, c’est de travailler très vite (toujours dans un souci d'économie) alors de toutes manières, on n'a pas trop le temps de réfléchir. On fonce, on se jette dans le texte et on se force à croire à nos histoires comme des enfants dans le bac à sable.
Le souci que l'on rencontre c’est que cette urgence ne nous donne pas la possibilité de remettre en question notre travail, une étape pourtant essentielle dans une création artistique quelle qu’elle soit ! C’est ce qui va rendre l’œuvre intemporelle et universelle. Comme on travaille vite, nos spectacles vieillissent vite aussi. On manque de temps de création. Les prochaines années de la compagnie vont être déterminantes. Il va falloir prendre plus de temps si on veut tenir dans la durée et ne pas lasser le public.

Quel est le parti-pris d'interprétation pour ce Dom Juan mis en scène avec la collaboration de Martin Jaspar ?
Chloé de Broca : Dom Juan et Sganarelle sont les seuls personnages interprétés par deux acteurs distincts. Tous les autres sont pris en charge par Maud et Alexandre qui vont jouer à eux seuls plus d’une dizaine de rôles. C’est une course folle pour eux. A la fin, ils sont épuisés d’avoir tourbillonné autour de Dom Juan et Sganarelle pour leur faire comprendre que le plus grand des dangers les menace. Maud et Alexandre changent de personnages comme pour tenter toujours une nouvelle fois de les convaincre d’arrêter d’avancer à leur perte. Ah oui ! On a changé la fin aussi. Dans le texte de Molière, Dom Juan est englouti dans un trou par les flammes de l’enfer… nous, on propose une autre image. Venez-nous voir à la fin pour nous donner votre avis !

 
Vendredi 18 janvier
20h30, Espace Aliénor d'Aquitaine, Mussidan
Tarifs : 15€/pers, 11€/réduit, 7€/enf. 
Rés: 05 53 81 04 07 (Mairie)

Samedi 19 janvier
20h30, Salle des fêtes de Milhac d’Auberoche
Tarif unique : 5€ 
Pas de réservation
Rens. 05 53 04 23 16 (ACIM)
En partenariat avec l'Agence culturelle départementale
 
 

A SAVOIR

Le Théâtre du Roi du Coeur organise son festival du 24 juillet au 7 août 2019 à Maurens
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